Qu’est-ce qu’un plan de sevrage?

Un plan de sevrage est un plan d’action qui définit la stratégie qui va être mise en place pour arriver au résultat souhaité (arrêt de la médication psychotrope ou diminution de la quantité de substances psychoactives prise, par exemples).

Établir un plan de sevrage permet d’organiser et de coordonner les actions que vont être entreprises pour atteindre cet objectif.

Un plan de sevrage va définir

  • Le(s) médicament(s) qui vont être sevrés ou dont la quantité prise va être diminuée
  • L’ordre dans lequel les substances vont être sevrées
  • Les méthodes, protocoles et techniques de sevrage qui vont être utilisés
  • Comment ces méthodes, protocoles et techniques vont être utilisés

Comment établir un plan de sevrage?

Pour mettre en place un plan de sevrage qui permette d’organiser et de coordonner les actions qui vont être entreprises lors des différentes étapes du sevrage, il est important de pouvoir répondre aux questions suivantes, cela va permettre de définir le plan d’action à adopter.

Questions relatives au(x) produit(s) psychotropes à sevrer

  • Combien j’ai de substances psychoactives à sevrer?
  • Est-ce que je souhaite arrêter de prendre tous ces produits ou est-ce que je ne souhaite sevrer qu’un produit? Ou encore, est-que je souhaite uniquement diminuer la quantité prise?
  • De quelle(s) classe(s) de molécule s’agit-il? S’agit-il d’une molécule de la classe des benzodiazépines, des antidépresseurs, des neuroleptiques, des régulateurs d’humeurs, des stimulants?
  • Est-ce qu’il convient de sevrer des molécules comme la nicotine (tabac), l’alcool, le THC (cannabis) ou d’autres substances psychoactives avant de sevrer un ou des médicament(s) psychiatrique(s) pour qu’elles n’interfèrent pas avec le(s) sevrage(s) des médicaments psychotropes?
  • Quelles sont les propriétés et les caractéristiques du sevrage de ce(s) produit(s) psychiatrique(s)?
  • Est-ce que la substance active du médicament a une demi-vie courte ou une demi-vie longue? Si la molécule active à une demi-vie courte, est-ce qu’il faut la sevrer directement ou est-ce qu’il faut passer par la technique de substitution et la remplacer par une molécule à demi-vie longue avant d’entamer le sevrage?
  • Est-ce que la forme galénique dans laquelle le médicament est prescrit permet de réaliser le sevrage? Il faut savoir que les comprimés non-sécables ou sous forme à libération modifiée (forme Retard, par exemple) ne se prêtent guère aux techniques de sevrage qui nécessitent, en pratique, de couper, d’écraser ou de broyer le(s) comprimé(s) contenant la substance active.
  • Est-ce que le médecin prescripteur est disposé à prescrire une molécule sous forme de gouttes, par exemple, plutôt que sous forme de comprimé, si la technique de sevrage le nécessite?
  • Si je souhaite sevrer plusieurs molécules psychoactives, dans quel ordre vais-je le faire? Quelle molécule est-il recommandé de sevrer en premier?
  • Quelles sont les méthodes et les protocoles pour sevrer ces produits? Y a-t-il un ordre à respecter dans l’utilisation de ces méthodes et protocoles?
  • Est-ce que je suis en sous-dosage et donc en état de manque?

Dans les prochains articles, nous allons aborder ces points afin de vous permettre d’apporter une réponse personnelle à chacune de ces questions.

Les étapes “classiques” dans l’élaboration d’un plan de sevrage

  1. S’informer sur les médicaments psychotropes actuellement pris
  2. Déterminer l’ordre des molécules à sevrer si plusieurs médicaments psychotropes sont pris
  3. Trouver sa dose de confort et s’y stabiliser quelques jours
  4. Déterminer la méthode qui permettra de sevrer la molécule
  5. Choisir les protocoles et techniques de sevrage adaptés aux spécificités de la molécule à sevrer
  6. Élaborer un tableau des diminutions: Calcul des diminutions et des paliers
  7. Choisir une technique pour réaliser les diminutions (titration)
  8. Se mettre dans les meilleures conditions pour appliquer son plan d’action

 

 

Le sevrage lent pour contrer la dépendance physique et la tolérance

Un sevrage lent et méthodique permet de contrôler la survenue et l’intensité des symptômes de sevrage qui résultent de l’état de manque (voir dépendance) et de l’entrée en tolérance (les deux phénomènes étant étroitement liés). Comment vous l’aurez compris, pour limiter la survenue et l’intensité des symptômes de sevrage, nous allons mettre en place un sevrage lent.

Mise en place d’un plan de sevrage

 

Qu’est que la tolérance (ou phénomène de tolérance)?

La tolérance est le mécanisme suivant lequel le cerveau s’habitue à l’effet de la substance, ce qui conduit la personne à augmenter les doses pour obtenir l’effet initial.

la tolérance est le phénomène par lequel, la dose prescrite à l’origine produit progressivement moins d’effet et une dose plus forte est nécessaire pour obtenir le même effet.

Qu’est-ce que l’entrée en tolérance?

L’organisme adapte son mode de fonctionnement à l’apport répété et régulier d’une substance psychoactive. La consommation répétée de la même dose d’un médicament psychotrope laisse la porte ouverte à l’apparition de la tolérance: l’organisme s’habitue « beaucoup trop » à cette même quantité de molécule active prise régulièrement et trop longtemps et nous commençons à « avoir besoin » d’à nouveau augmenter la dose pour contrôler la réaction de manque. Les symptômes de manque qui apparaissent sont alors dus à la tolérance (= au fait que pour obtenir les mêmes effets, il faille augmenter la quantité prise). En effet, au bout d’un certain temps à la même dose, les effets des mécanismes compensatoires mis en place par l’organisme pour contrer l’action du produit surpassent les effets de la substance active. L’entrée en tolérance se manifeste alors par des symptômes de sevrage (aussi appelés symptômes de manque) qui sont dus au fait que l’action du produit ne masque plus la réaction de l’organisme à cette substance.

L’entrée en tolérance est la réaction complexe qui se produit lorsque la dose journalière prise se situe en-dessous de la quantité de médicament psychotrope nécessaire pour produire les effets voulus.

Le seuil de tolérance est quant à lui définit par la quantité au-dessous de laquelle l’action du médicament psychotrope n’est plus en mesure de contrebalancer la réaction de l’organisme. Lorsque la quantité de médicament prise se situe en-dessus du seuil de tolérance, les symptômes de sevrage ne se manifestent pas, étant donné que la quantité de médicament prise est supérieure à celle nécessaire pour masquer la réaction de l’organisme. Mais lorsque la quantité de médicament prise se situe au-dessous du seuil de tolérance, l’action de la molécule active n’arrive plus à masquer les réactions de l’organisme et les symptômes de sevrage se font sentir. Les symptômes de sevrage deviennent alors la manifestation visible de la réaction de l’organisme au produit : ils constituent la partie visible des mécanismes compensatoires mis en place par l’organisme pour contrebalancer l’effet du médicament psychiatrique.

 

Le sevrage lent pour contrer la dépendance physique et la tolérance

Qu’est-ce que la dépendance?

De manière générale, la dépendance peut être vue comme une perte de liberté ou une perte de contrôle. Mais la dépendance est un phénomène complexe et actuellement, nous ne parlons plus de la dépendance, mais des dépendances. Il est important de savoir différencier les différents types de dépendances et de bien comprendre les mécanismes spécifiques à chacune d’entre elles, étant donné que c’est cette compréhension qui nous permettra d’en venir à bout. En effet, ce n’est qu’en comprenant comment fonctionne une dépendance, qu’on peut inverser le processus et ainsi s’en libérer.

Pour l’OMS (2018), le terme générique de «dépendance» se rapporte à des éléments aussi bien physiques que psychologiques.

Mais quels sont les principaux types de dépendance ?

Nous retrouvons comme principaux types de dépendance :

  • La dépendance physique ou dépendance physiologique ou dépendance pharmacologique ou pharmacodépendance. Ce sont des termes utilisés pour faire référence au processus d’adaptation de l’organisme à la présence répétée d’une substance.
  • La dépendance psychique et la dépendance psychologique. Ces deux concepts font référence au fait que la personne n’arrive plus à s’imaginer vivre sans les effets de la substance en question.
  • La dépendance comportementale est un concept utilisé pour parler d’une consommation par habitude ou en fonction de stimuli présents dans l’environnement

La toxicomanie ou l’addiction étant des termes utilisés pour parler de l’état de dépendance dans lequel se trouve un individu. Ces termes font référence à la présence de plusieurs de ces dépendances.

L’addiction

L’addiction se caractérise par l’impossibilité répétée de contrôler un comportement, qui vise à produire du plaisir ou à écarter une sensation de malaise interne, en dépit de la connaissance de ses conséquences négatives (Laqueille & Liot, 2009).

La toxicomanie

Lorsqu’il y a à la fois dépendance physique, dépendance psychologique, tolérance et addiction, on parle de toxicomanie. La toxicomanie peut donc être vue comme la combinaison d’une dépendance physique (apparition d’un syndrome de sevrage à l’arrêt de la substance souvent couplé d’un besoin d’augmenter les doses (tolérance)), d’une dépendance psychologique (penser qu’on a besoin de la substance pour fonctionner) et d’une dépendance comportementale (besoin compulsif de consommer la substance et comportement addictif).

Dans le cadre du présent manuel, nous allons plus spécifiquement nous pencher sur un type de dépendance : la dépendance physique. En effet, nous devons connaître les mécanismes physiologiques sous-jacents à ce type de dépendance, afin de pouvoir mettre en place un processus qui sera en mesure d’inverser les mécanismes d’adaptation que l’organisme a développés en réaction à la présence répétée et prolongée d’une substance psychoactive. Le sevrage est ce plan d’action qui nous permettra d’inverser méthodiquement et systématiquement les mécanismes physiologiques d’adaptation mis en place par notre organisme.

Le sevrage est donc le processus par lequel nous allons
libérer notre organisme de la dépendance physique à une substance

Mais commençons par souligner le fait qu’il existe une différence nette entre la dépendance psychologique qui est la croyance selon laquelle nous pensons avoir besoin de la substance pour fonctionner et la dépendance physique qui est l’apparition d’effets déplaisants (les symptômes de sevrage ou symptômes de manque) à l’arrêt du médicament ou lorsque l’organisme s’est habitué à la substance et qu’il faut augmenter la dose journalière pour ne pas ressentir les effets de manque (phénomène de tolérance).

La dépendance psychologique

Nous dépendons psychologiquement d’une substance lorsque nous lui attribuons les vertus que nous voulons bien qu’elle ait ou les vertus que d’autres lui ont attribué. Ainsi, nous pouvons dépendre psychologiquement d’une substance lorsque nous lui attribuons la capacité de guérir notre mal-être, de nous permettre de gérer des situations critiques ou encore de supporter des émotions déplaisantes. Nous dépendons psychologiquement d’une substance lorsque nous sommes convaincus qu’elle agit effectivement et efficacement sur nos symptômes.

La dépendance psychologique se fonde, se construit et se développe à partir de plusieurs types de croyances, notamment :

  • les croyances culturelles: p.ex. les antidépresseurs soignent la dépression ; les somnifères font dormir ; les neuroleptiques traitent les symptômes de la schizophrénie
  • les croyances personnelles: p.ex. ce sont mes médicaments qui me permettent de tenir et de fonctionner au quotidien ; ce sont mes antidépresseurs qui me permettent de supporter mon chagrin et ma tristesse
  • les croyances des autres: p.ex. mon médecin et ma famille m’affirment que seuls mes médicaments peuvent me soigner, alors, comme j’ai une totale confiance en eux, je suis convaincu que ces produits améliorent mon état

La dépendance psychologique traduit souvent la croyance selon laquelle c’est le traitement médicamenteux qui réduit les symptômes et traite les causes de notre mal-être, de nos problèmes psychologiques ou de difficultés comportementales.

L’esprit est puissant et est capable, par le biais de nos croyances, de modifier l’interprétation que nous faisons de nos sensations et de nos perceptions et par là, de modifier notre état de santé.

L’effet placebo

L’effet placebo peut être défini comme la confiance que nous avons dans un traitement, dans le fait que celui-ci va nous soigner. Mettre tout son espoir dans un traitement (médicamenteux ou psychothérapeutique) et être convaincu de son efficacité, peut rendre celui-ci très puissant. En effet, il a été prouvé que si nous nous attendons à ce qu’un traitement fonctionne et apporte le soulagement voulu, alors nous anticipons des effets positifs et cela se répercute sur notre physiologie. Ainsi, lorsqu’un médecin, une thérapie ou un médicament nous offre l’espoir d’une guérison, alors nous croyons souvent si fort à un tel soulagement, que cette croyance place notre organisme dans les dispositions pour aller mieux. C’est ce que nous appelons l’effet placebo. Par conséquent, lorsque nous sommes convaincus qu’un traitement nous soulagera, alors il y a toutes les chances qu’il le fasse et que nous voyons notre état s’améliorer.

C’est, par exemple, ce qui se produit avec les antidépresseurs dans le cadre du traitement de la dépression : la croyance en l’efficacité des antidépresseurs à traiter la dépression peut être si forte, qu’elle produit un effet placebo puissant qui parvient à soulager la dépression. En effet, comme l’a constaté Kirsch (2010) dans sa méta-analyse, la principale réponse aux antidépresseurs est un effet placebo et pour cet auteur, il est très probable que le reste soit un effet placebo augmenté.

L’effet placebo augmenté

L’effet placebo (c’est-à-dire l’espoir d’une guérison ou la conviction qu’un traitement est efficace) peut être augmenté lorsque le traitement médicamenteux produit des effets secondaires facilement reconnaissables. En effet, plus le médicament psychiatrique produit des effets secondaires, plus nous sommes enclins à penser que la substance active est puissante et cela nous convainc que ce médicament est capable de traiter nos maux en profondeur. C’est ce qui augmente encore l’effet placebo. Dans sa méta-analyse, Kirsch (2010) a en effet constaté que plus les patients déprimés ressentent d’effets secondaires avec le médicament actif, plus leur état s’améliore.

Utiliser l’effet placebo à bon escient en activant les croyances qui nous sont bénéfiques

Ce manuel vise à vous aider à vaincre la dépendance physique. La dépendance psychologique se vainc, quant à elle, par un travail sur soi-même, sur ses croyances. Nous vous recommandons de travailler votre éventuelle dépendance psychologique en compagnie d’un thérapeute ou d’une personne qui vous aidera à reconnaître les pouvoirs et les vertus que vous attribuez à ces produits chimiques et à les transférer à vous-mêmes, à vos capacités, à vos propres ressources personnelles. Croire en vous, croire en vos capacités, croire que c’est possible, croire en votre force intérieure, en votre détermination, en votre jugement personnel, croire en votre instinct, en votre intuition, en votre ressenti vrai et profond, vous permettra de vous libérer de la dépendance psychologique et de reprendre le contrôle de votre vie.

La dépendance physique

La dépendance physique, qui résulte des mécanismes d’adaptation de l’organisme à la consommation prolongée d’une substance (INSERM, s.d.), est définie par deux éléments clé :

  1. l’apparition d’un syndrome de sevrage : il s’agit d’un ensemble de symptômes spécifiques qui apparaissent lorsque la prise de médicament est brusquement stoppée. C’est la réaction physiologique qui se produit lorsque l’organisme est privé du produit auquel il avait adapté son mode de fonctionnement. Cette privation se traduit, selon McGill, (s.d.), par un état de manque qui s’accompagne de symptômes physiques incommodants appelés le sevrage.
  2. l’apparition de la tolérance : le phénomène de tolérance, qui se manifeste par la nécessité d’augmenter la dose d’une substance pour ressentir l’effet qu’elle produit, traduit l’adaptation de l’organisme à l’apport répété et prolongé de cette substance.

L’accoutumance

L’accoutumance est le phénomène par lequel l’organisme s’habitue à la présence d’une substance. L’accoutumance va induire la tolérance. En effet, lorsque l’organisme s’adapte trop bien, c’est-à-dire qu’il « sur-adapte » son fonctionnement à la présence d’une molécule, alors la personne qui la consomme devra en prendre une plus grande quantité pour ressentir le même effet.

 

Qu’est-ce que la tolérance?

 

Pourquoi faut-il procéder au sevrage des médicaments psychotropes?

Comme nous venons de le voir, le sevrage est l’approche visant à supprimer la dépendance physique (ou pharmacologique) à un médicament psychoactif. Il convient de procéder à la diminution méthodique de la prise de médicaments psychiatriques, c’est-à-dire à un sevrage, pour contrer les effets de la dépendance et de la tolérance.

Nous allons maintenant voir comment le sevrage est lié à la dépendance physique et à la tolérance qui sont les mécanismes que l’organisme développe pour contrer les effets des médicaments psychiatriques.

Qu’est-ce que la dépendance?

 

Qu’est-ce qu’un sevrage?

Le terme sevrage est utilisé pour parler de différents éléments liés à la cessation d’une substance. Dans le cadre de ce manuel et dans l’enceinte du forum, voici comment comprendre ce terme:

  • Action de sevrer une personne ou de se sevrer. Ce qui fait référence à la mise en place d’un plan d’action pour arrêter progressivement la prise d’une molécule psychoactive. La personne, avec l’aide de son médecin, élabore un plan pour diminuer progressivement et systématiquement la quantité de médicament prise en vue d’aider son organisme à se passer de cette substance.
  • Processus progressif et contrôlé par lequel une personne cesse activement de prendre un médicament psychiatrique. Un sevrage se fait à l’aide de protocoles et de plans de sevrage bien définis.
  • Temps nécessaire pour permettre à l’organisme de se passer de l’apport d’une substance psychoactive. On parle d’une personne en sevrage.
  • Le sevrage est l’approche visant à supprimer la dépendance physique (ou pharmacologique) à un médicament psychoactif. Le terme de sevrage est adapté dans la mesure où il y a dépendance physique à la substance dont on cherche à se priver. Chaque substance entraîne des symptômes de sevrage différents.

 

Pourquoi faut-il procéder au sevrage des médicaments psychotropes?

 

Alcool: est-ce que je peux boire de l’alcool pendant le sevrage?

Il est préférable de ne pas consommer d’alcool pendant le sevrage, étant donné que celui-ci perturbe l’activité du système nerveux.

L’alcool peut fortement compliquer le sevrage, étant donné qu’il se lie directement sur les récepteurs de l’acétylcholine, de la sérotonine, du GABA et sur les récepteurs NMDA du glutamate (Le cerveau à tous les niveaux, s.d.), qui sont les neurotransmetteurs affectés par le(s) médicament(s) psychoactif(s) à sevrer.

L’alcool induit donc des effets neurochimiques qui peuvent interférer avec le sevrage, rendant celui-ci plus compliqué. Parfois, la prise d’alcool semble couvrir les symptômes de sevrage, parfois il semble les exacerbé, mais dans tous les cas, la consommation d’alcool pendant un sevrage rend celui-ci plus difficile à contrôler, étant donné qu’il devient plus dur de déterminer l’origine des symptômes observés : s’agit-il des effets engendrés par l’alcool, de ceux produits par le(s) médicament(s) ou/et de ceux induits par le sevrage?

Par ailleurs, comme avec toutes les substances psychotropes, il y a des risques de développer une dépendance à l’alcool. En consommant de l’alcool pendant le sevrage d’un médicament psychotrope, on risque ainsi d’ajouter ou de remplacer une dépendance par une autre.

Plus d’informations concernant les neurotransmetteurs affectés par l’alcool :

http://lecerveau.mcgill.ca/flash/i/i_03/i_03_m/i_03_m_par/i_03_m_par_alcool.html

Référence

Le cerveau à tous les niveaux. (s.d.). Les neurotransmetteurs affectés par les drogues. Accès : http://lecerveau.mcgill.ca/flash/i/i_03/i_03_m/i_03_m_par/i_03_m_par.html#drogues

 

Pourquoi faut-il procéder au sevrage des médicaments psychotropes ?

Pourquoi faut-il procéder au sevrage des médicaments psychotropes ?

Le sevrage est l’approche visant à supprimer la dépendance physique (ou pharmacologique) à un médicament psychoactif. Il convient de procéder à la diminution méthodique de la prise de médicaments psychiatriques, c’est-à-dire à un sevrage, pour contrer les effets de la dépendance et de la tolérance.

Nous allons maintenant voir comment le sevrage est lié à la dépendance physique et à la tolérance qui sont des mécanismes que l’organisme développe pour contrer les effets des médicaments psychiatriques.

Qu’est-ce que la dépendance ?

De manière générale, la dépendance peut être vue comme une perte de liberté ou une perte de contrôle. Mais la dépendance est un phénomène complexe et actuellement, nous ne parlons plus de la dépendance, mais des dépendances. Il est important de différencier ces dépendances et de bien comprendre les mécanismes spécifiques à chacune d’entre elles, étant donné que c’est cette compréhension qui nous permettra de venir à bout d’une dépendance. En effet, ce n’est qu’en comprenant comment fonctionne une dépendance, qu’on peut inverser le processus et ainsi s’en libérer.

Pour l’OMS (2018), le terme générique de «dépendance» se rapporte à des éléments aussi bien physiques que psychologiques.

Mais quels sont les principaux types de dépendance ?

Nous retrouvons comme principaux types de dépendance :

  • La dépendance physique ou dépendance physiologique ou dépendance pharmacologique pharmacodépendance. Ce sont des termes utilisés pour faire référence au processus d’adaptation de l’organisme à la présence répétée d’une substance.
  • La dépendance psychique et la dépendance psychologique. Ces deux concepts font référence au fait que la personne n’arrive plus à s’imaginer vivre sans les effets du médicament
  • La dépendance comportementale est un concept utilisé pour parler d’une consommation par habitude ou en fonction de stimuli présents dans l’environnement

La toxicomanie ou l’addiction étant des termes utilisés pour faire référence à la présence de plusieurs de ces dépendances.

L’addiction

L’addiction se caractérise par l’impossibilité répétée de contrôler un comportement, qui vise à produire du plaisir ou à écarter une sensation de malaise interne, en dépit de la connaissance de ses conséquences négatives (Laqueille & Liot, 2009).

La toxicomanie

Lorsqu’il y a à la fois dépendance physique, dépendance psychologique, tolérance et addiction, on parle de toxicomanie. La toxicomanie peut donc être vue comme la combinaison d’une dépendance physique (phénomène de tolérance et apparition d’un syndrome de sevrage à l’arrêt de la substance), d’une dépendance psychologique (penser qu’on a besoin de la substance pour fonctionner) et d’une dépendance comportementale (besoin compulsif de consommer ou comportement addictif).

 

Dans le cadre du présent manuel, nous allons plus spécifiquement nous pencher sur un type de dépendance – la dépendance physique – étant donné que le processus qui permet de la contrer est le sevrage et que c’est le thème principal de cet ouvrage.

Le sevrage est donc le processus par lequel nous allons
nous libérer de la dépendance physique aux substances psychotropes

Mais commençons par souligner le fait qu’il existe une différence nette entre la dépendance psychologique qui est la croyance selon laquelle nous pensons avoir besoin de la substance pour fonctionner et la dépendance physique qui est l’apparition d’effets déplaisants (les symptômes de sevrage ou symptômes de manque) à l’arrêt du médicament ou lorsque l’organisme s’est habitué à la substance et qu’il faut augmenter la dose journalière pour ne pas ressentir les effets de manque (phénomène de tolérance).

La dépendance psychologique

Nous dépendons psychologiquement d’une substance lorsque nous lui attribuons les vertus que nous voulons bien qu’elle ait ou les vertus que d’autres lui ont attribué. Ainsi, nous pouvons dépendre psychologiquement d’une substance lorsque nous lui attribuons la capacité de guérir notre mal-être, de nous permettre de gérer des situations critiques ou encore de supporter des émotions déplaisantes. Nous dépendons psychologiquement d’une substance lorsque nous sommes convaincus qu’elle agit effectivement et efficacement sur nos symptômes. L’esprit est puissant et est capable, par le biais de nos croyances, de modifier l’interprétation que nous faisons de nos sensations, de nos perceptions, de nos ressentis, de nos sentiments ou de nos émotions.

La dépendance psychologique se fonde, se construit et se développe à partir de plusieurs types de croyances, notamment :

  • les croyances culturelles: p.ex. les antidépresseurs soignent la dépression ; les somnifères font dormir ; les neuroleptiques traitent les schizophrènes
  • les croyances personnelles: p.ex. ce sont mes médicaments qui me permettent de tenir et de fonctionner au quotidien ; ce sont mes antidépresseurs qui me permettent de supporter mon chagrin et ma tristesse
  • les croyances des autres: p.ex. mon médecin et ma famille m’affirment que seuls mes médicaments peuvent me soigner, alors, comme j’ai une totale confiance en eux, je suis convaincu que ces produits améliorent mon état

La dépendance psychologique traduit souvent la croyance selon laquelle c’est le traitement psychiatrique qui réduit les symptômes et traite les causes de notre trouble mental ou de notre problème physique.

L’effet placebo

L’effet placebo peut être défini comme la confiance que nous avons dans un traitement, dans le fait que celui-ci va nous soigner. Mettre tout son espoir dans un traitement (médicamenteux ou psychothérapeutique) et être convaincu de son efficacité, peut rendre celui-ci très puissant. En effet, il a été prouvé que si nous nous attendons à ce qu’un traitement fonctionne et apporte le soulagement voulu, alors nous anticipons des effets positifs et cela se répercute sur notre physiologie. Ainsi, lorsqu’un médecin, une thérapie ou un médicament nous offre l’espoir d’une guérison, alors nous croyons souvent si fort à un tel soulagement, que cette croyance place notre organisme dans les dispositions pour aller mieux. C’est ce que nous appelons l’effet placebo. Par conséquent, lorsque nous sommes convaincus qu’un traitement nous soulagera, alors il y a toutes les chances qu’il le fasse et que nous voyons notre état s’améliorer.

C’est, par exemple, ce qui se produit avec les antidépresseurs dans le cadre du traitement de la dépression : la croyance en l’efficacité des antidépresseurs à traiter la dépression peut être si forte, qu’elle produit un effet placebo puissant qui parvient à soulager la dépression. En effet, comme l’a constaté Kirsch (2010) dans sa méta-analyse, la principale réponse aux antidépresseurs est un effet placebo et pour cet auteur, il est très probable que le reste soit un effet placebo augmenté.

L’effet placebo augmenté

L’effet placebo (c’est-à-dire l’espoir d’une guérison ou la conviction qu’un traitement est efficace) peut être augmenté lorsque le traitement médicamenteux produit des effets secondaires facilement reconnaissables. En effet, plus le médicament psychiatrique produit des effets secondaires, plus nous sommes enclins à penser que la substance active est puissante et cela nous convainc que ce médicament est capable de traiter nos maux en profondeur. C’est ce qui augmente encore l’effet placebo. Dans sa méta-analyse, Kirsch (2010) a en effet constaté que plus les patients déprimés ressentent d’effets secondaires avec le médicament actif, plus leur état s’améliore.

Utiliser l’effet placebo à bon escient en activant les croyances qui nous sont bénéfiques

Ce manuel vise à vous aider à vaincre la dépendance physique. La dépendance psychologique se vainc, quant à elle, par un travail sur soi-même, sur ses croyances. Nous vous recommandons de travailler votre éventuelle dépendance psychologique en compagnie d’un thérapeute ou d’une personne qui vous aidera à reconnaître les pouvoirs et les vertus que vous attribuez à ces produits chimiques et à les transférer à vous-mêmes, à vos capacités, à vos propres ressources personnelles. Croire en vous, croire en vos capacités, croire que c’est possible, croire en votre force intérieure, en votre détermination, en votre jugement personnel, croire en votre instinct, en votre intuition, en votre ressenti vrai et profond, vous permettra de vous libérer de la dépendance psychologique et de reprendre le contrôle de votre vie.

La dépendance physique

La dépendance physique, qui résulte des mécanismes d’adaptation de l’organisme à une consommation prolongée (INSERM, s.d.), est définie par deux éléments clé :

  1. l’apparition d’un syndrome de sevrage : il s’agit d’un ensemble de symptômes spécifiques qui apparaissent lorsque la prise de médicament est brusquement stoppée. C’est la réaction physiologique qui se produit lorsque l’organisme est privé du produit auquel il avait adapté son mode de fonctionnement. Cette privation se traduit, selon McGill, (s.d.), par un état de manque qui s’accompagne de symptômes physiques incommodants appelés le sevrage.
  2. l’apparition de la tolérance : il s’agit du phénomène par lequel l’organisme a adapté son fonctionnement à l’effet d’un médicament et oblige la personne à augmenter les doses pour ressentir l’effet initial du produit.

L’accoutumance

L’accoutumance est le phénomène par lequel l’organisme s’habitue à la présence d’une substance. L’accoutumance va induire la tolérance. En effet, lorsque l’organisme s’adapte trop bien, c’est-à-dire qu’il sur-adapte son fonctionnement à la présence d’une molécule, alors la personne qui la consomme devra en prendre plus grande pour ressentir le même effet.

La tolérance

La tolérance est le mécanisme suivant lequel le cerveau s’habitue à l’effet de la substance, ce qui conduit la personne à augmenter les doses pour obtenir l’effet initial.

Le sevrage lent pour contrer la dépendance physique et la tolérance

Un sevrage lent et méthodique permet de contrôler la survenue et l’intensité des symptômes de sevrage qui résultent de l’état de manque et de l’entrée en tolérance (les deux phénomènes étant étroitement liés).

L’apparition de ce syndrome de sevrage, c’est-à-dire de cet ensemble de symptômes qui apparaissent à l’arrêt de la substance psychoactive, induit souvent le patient et le médecin en erreur, l’un des deux ou les deux pensant qu’il s’agit d’un retour des symptômes pour lequel le patient est traité. En effet, souvent le patient qui subit ce syndrome de sevrage et/ou le médecin qui le traite, pense qu’il s’agit d’une rechute. Définition de rechute.

Afin de limiter la survenue et l’intensité des symptômes de sevrage, on va mettre en place en plan de sevrage dit lent.

 

Références

INSERM. (s.d.). Pharmacodépendance : mécanismes neurobiologiques. Accès : http://www.ipubli.inserm.fr/bitstream/handle/10608/2072/?sequence=30

Kirsch, I. (2010). Antidépresseurs Le grand mensonge. Champs-sur-Marne : Music & Entertainment Books

Laqueille, X. et Liot, K. (2009). Addictions : définitions et principes thérapeutiques. L’information psychiatrique, 85(7), 611-620. Accès : https://www.cairn.info/revue-l-information-psychiatrique-2009-7-page-611.htm

McGill. (s.d.). La consommation de drogues. Le cerveau à tous les niveaux. Accès : http://lecerveau.mcgill.ca/flash/i/i_03/i_03_p/i_03_p_par/i_03_p_par.html

OMS. (2018). Syndrome de dépendance. Accès : http://www.who.int/substance_abuse/terminology/definition1/fr

 

Sevrage: Est-ce que certaines substances psychoactives sont déconseillées pendant le sevrage?

De manière générale, pendant le sevrage, il est recommandé de ne consommer aucune autre substance psychotrope. En effet, il est conseillé d’éviter de consommer des substances qui sont capables d’affecter le système nerveux central, étant donné que celui-ci est déjà forte-ment sollicité par les réductions de dose de la molécule à sevrer.

Pendant le sevrage, il est recommandé d’éviter de consommer des substances capables de ralentir, d’accélérer et/ou de perturber l’activité du système nerveux.

Selon Delay et Deniker (1957) cités par Wikipédia (2017) :

1. Les psycholeptiques ou sédatifs psychiques, ralentissant l’activité du système nerveux, comprennent :

  • les nooleptiques tels que les hypnotiques (barbituriques) ;
  • les thymoleptiques tels que les neuroleptiques ;
  • les régulateurs de l’humeur tels que les sels de lithium ;
  • les psycholeptiques divers tels que les tranquillisants (anxiolytiques), les sédatifs classiques (benzodiazépines) et les antiépileptiques ;

2. Les psychoanaleptiques ou excitants psychiques, accélérant l’activité du système nerveux, comprennent :

  • les nooanaleptiques tels que les stimulants de la vigilance (amphétamines) ;
  • les thymoanaleptiques antidépresseurs tels que les stimulants de l’humeur (antidépresseurs) ;
  • les stimulants divers tels que le khat et la caféine ;

3. Les psychodysleptiques ou perturbateurs psychiques, perturbant l’activité du système nerveux, comprennent la plupart des drogues:

  • les hallucinogènes (mescaline, peyotl, kétamine, phencyclidine, LSD) ;
  • les stupéfiants (morphine, héroïne, opium) ;
  • l’alcool et les conduites addictives (jeu pathologique…)

Les substances psychotropes :
https://fr.wikipedia.org/wiki/Classification_des_psychotropes

Le diagramme de Derek Snider
Le diagramme de Derek Snider donne une vue d’ensemble des substances psychotropes. N’hésitez pas à le consulter :
https://fr.wikipedia.org/wiki/Classification_des_psychotropes#Vue_d.27ensemble

 

Référence:
Wikipédia. (2017). Classification des agents psychotropes selon Delay et Deniker (1957). Accès :
https://fr.wikipedia.org/wiki/Classification_des_psychotropes#Classification_des_agents_psychotropes_selon_Delay_et_Deniker_.281957.29

Sevrage: Pourquoi à 5/6 gouttes de Lysanxia ou à 1mg de Lexomil, les symptômes de sevrage sont-ils susceptibles de s’intensifier?

Comme l’a relevé JP, il se passe bien un truc à 1 mg de Lexomil ou à 6/5 gouttes de Lysanxia. La solution pour gérer ce passage difficile est, comme l’indique JP ; de lisser (=allonger temporairement le palier) et de réduire d’un point le pourcentage, avant de revenir au rythme de servage habituel.
L’explication de ce retour de symptômes à 5 ou 6 gouttes de Lysanxia ou à sa dose équivalente de Lexomil (ou d’autres benzodiazépines) trouve peut-être son origine dans le fait qu’il semble y avoir des seuils lors desquels l’organisme semble ne pas arriver à s’adapter au même rythme aux diminutions. Dans ce cas, allonger temporairement le palier, puis réduire légèrement le pourcentage de diminution semble être la solution pour franchir le seuil.
Par ailleurs, ces seuils, où il convient de lisser et souvent de réadapter le rythme de sevrage, se produisent étonnamment aux mêmes doses journalières : à savoir lorsque le sevrage atteints les 1/3 de la dose de départ ou comme nous l’avons vu, lorsque la dose de 5/6 gouttes de Lysanxia (ou de 1 mg de Lexomil) est atteinte.
C’est notamment en raison de la présence de ces seuils dans le processus de sevrage, que nos recommandations en matière de protocole de sevrage changent en fonction de l’avancée du processus de sevrage (par exemple, pour les benzodiazépines à demi-vie longue, nous conseillons de commencer le sevrage avec des diminutions de 5% et des paliers de 8 jours, mais de finir avec des diminutions de 3% et des paliers de 7 jours).
C’est ce qui expliquerait également pourquoi la méthode des 10% n’est applicable qu’en début de sevrage. En effet, s’il est possible d’appliquer un pourcentage de diminution de 10% sur les premiers mois, nous avons constaté il est quasiment impossible de l’appliquer sur toute la durée du sevrage et qu’au bout de quelques mois, il fallait passer à 7%, puis à 5% et finir à 3%.

Hypothèse de travail concernant ces seuils :
Il s’agirait de seuils où « la forme » de la tolérance change (où son intensité change): où la barrière de la tolérance se passe différemment, à un autre rythme de sevrage.
Est-ce que les seuils s’esquisseraient ainsi ? :

  • Dose journalière initiale : l’organisme est capable de supporter des diminutions de 7% à 10%, parce qu’il se situe la plupart du temps au-dessus du seuil de tolérance
  • 2/3 de la dose initiale : l’organisme rencontre le premier seuil (= 1er seuil de tolérance) et n’est plus capable de gérer les fortes diminutions du début, il supporte alors seulement des diminutions de 5%
  • 1/3 de la dose initiale : l’organisme rencontre le deuxième seuil (= 2ème seuil de tolérance) et n’arrive plus à gérer aussi bien le pourcentage de diminution précédent, il ne supporte alors plus que des diminutions de 3%