Pourquoi plusieurs mois après l’arrêt des médicaments mes symptômes sont-ils toujours si intenses?

Pourquoi est-ce que des mois après l’arrêt des médicaments, mes symptômes sont-ils toujours si intenses? Je fais beaucoup d’efforts pour vaincre mes crises d’angoisses et mes attaques de panique, mais ces symptômes persistent? Cela me remplit de haine…

Jusqu’à maintenant, il me semble que ta colère, ta haine et ta peur t’empêchaient d’utiliser les magnifiques capacités que tu as en toi. Tu avais tellement de colère en toi, que tu étais comme aveuglé et paralysé, ce qui t’empêchait d’avancer.

Il me semble qu’aujourd’hui, tu as franchi un cap: tu as accepté de laisser un peu ta colère de côté et d’utiliser ton énergie pour avancer. Lorsqu’on te lit, on sent que tu essaies de canaliser ton énergie pour qu’elle te serve pour avancer et non plus pour qu’elle sorte en colère et en haine contre tout ce qui t’entoure…

Je suis passée par cette étape cruciale où on comprend qu’on ne peut plus haïr tout le monde pour ce qui nous arrive et qu’il serait mieux de d’utiliser cette violente haine qui nous prend pour construire quelque chose plutôt que pour détruire les seules choses qui nous restent.

Comme tu sembles aimer savoir comment j’étais après 2 ans de post-sevrage, je vais utiliser mon vécu pour t’expliquer comment j’ai avancé: comment j’ai transformé ma haine en force de vie …

J’ai terminé mon dernier sevrage de manière brutale en été 2008, mais en 2010, je faisais face à une grande vague de symptômes d’angoisse atroces. Ces symptômes étaient tellement intenses, que j’ai cru que quelque chose était foutu en moi et que ce quelque chose, je ne pourrai jamais le réparer. Comme je l’ai déjà expliqué, je subissais plusieurs attaques de panique par jour (et même la nuit). J’étais incapable de franchir le seuil de ma porte sans être victime de vertige, sans avoir le coeur qui bat à 100 à l’heure, sans avoir la nausée et sans avoir la diarrhée… Bref, je me sentais mourir plusieurs fois par jour, comme si un disjoncteur pétait et que mon cerveau et mon corps se mettaient à dérailler…
Bien plus tard, lorsque j’ai à nouveau été capable de lire, d’apprendre et de comprendre les choses, j’ai appris que c’était simplement le circuit de la peur qui s’était mis en boucle et qui marchait à fond la caisse. Lorsqu’on a trop peur (sentiment), notre organisme ne descend plus son système d’alerte, il est en alerte rouge 24h sur 24. Et quelles sont les conséquences de cet état d’alerte qui se maintient pendant des jours et des jours, puis pendant des mois et des mois, eh bien, ce sont des symptômes comme:
– des vertiges (à cause des décharges d’hormones de stress),
– des essoufflements (le système respiratoire fonctionne à plein pratiquement en continu pour être sûr que les muscles de l’organisme soient bien oxygénés et ainsi prêts à faire face à la menace), cette suroxygénation provoque elle aussi des vertiges
– une fréquence cardiaque haute (pour que l’organisme soit prêt à agir contre la menace, le coeur pompe fort pour envoyer du sang oxygéné (et plein d’hormones du stress (adrénaline, cortisol, épinephrine, …) à tous les organes
– augmentation de la température corporelle (avec toute cette activité (sanguine, respiratoire, hormonale, ….) le corps se réchauffe)
– dépersonnalisation et déréalisation (à cause de tous ces changements physiologiques qui modifient nos sensations corporelles et nos perceptions en vue de nous préparer à un « combat à mort »). Ces deux symptômes se produisent plus particulièrement lorsque nos systèmes sont au maximum)

Comme l’organisme est en état d’alerte quasi permanente, qu’il fait fonctionner tous ses organes et ses systèmes à haut régime, rien d’étonnant à ce qu’il ne lui reste plus beaucoup d’énergie pour faire une activité comme marcher 100 mètres ou décharger du bois …

Par ailleurs, la colère est un des moyens qu’utilise l’organisme pour décharger ce surplus d’énergie stocké pendant l’état d’alerte. En effet, lorsque tu demandes à des personnes de se mettre en état d’alerte pendant des semaines et de semaines, mais qu’il ne se passe aucun événement sur lequel elles pourraient agir, alors, elles commencent à être nerveuses et à « décharger leurs nerfs » sur les personnes qui les entourent. Je ne sais pas si tu as déjà vu des films où tout un équipage est en état d’alerte maximal parce qu’ils savent qu’un menace plane sur eux et qu’ils doivent se tenir prêts! Si pendant plusieurs jours, ils ne voient pas l’ennemi, alors ils commencent tous à péter les plombs et à se battrent entre eux ou à faire des choses stupides. Pourquoi font-ils ça? Parce qu’ils ont besoin d’agir, de faire quelque chose. Ils sont remontés à bloc, leurs organismes sont remontés à bloc, par l’état d’alerte et il arrive un moment où, ils ont besoin de décharger cette énergie et d’agir pour faire disparaître cette menace.
Normalement, notre organisme est fait pour se mettre en état d’alerte face à un danger réel (ours, ouragan, canon d’un fusil pointer sur nous, etc…). Notre corps se met en état d’alerte de sorte que tous nos systèmes et nos organes puissent agir pour mettre la menace hors d’état de nous nuire. Face à un animal féroce qui nous attaque, nos muscles reçoivent plein d’oxygène et se gorgent de sang pour nous permettre de nous battre ou de fuir. Nos organes, dont notre cerveau, reçoivent une décharge d’adrénaline pour que nous ne sentions pas la douleur si nous sommes blessé lors du combat ou pour que nous ne ressentions pas la fatigue (musculaire et autres) si nous courrons comme des dératés pour fuir la menace…

Comment ce système fonctionne-t-il pour nous qui sommes en mode ultravigilance après l’arrêt des médicaments psychiatriques?

Eh bien, revenons d’abord un peu en arrière. Lorsqu’on prenait des médicaments psychiatriques qui jouaient sur ce fameux circuit de la peur (Menace => organisme se met en état d’alerte => il se prépare à l’action => il agit pour sauver sa peau), ces produits empêchaient notre organisme de se mettre en état d’alerte. Le problème, c’est que ces produits ne faisaient pas disparaître la menace.
Par conséquent, comme la menace était toujours présente, le cerveau la repérait et faisait tout pour essayer de mettre en marche l’état d’alerte de l’organisme. Et nous que faisions nous lorsqu’on commençait à sentir les signes physiologiques de la peur (=l’état d’alerte), on reprenait un cachet pour faire taire cet état d’alerte.

Que ce passe-t-il une fois qu’on stoppe la médication psychiatrique qui contient l’état d’alerte?

Eh bien, tout notre équipage qui était à fond en état d’alerte au fond de la cave de notre cerveau et qui ne pouvait pas agir (car réprimé par les médicaments) se met au branle bas de combat et active tous les systèmes d’alerte. Le problème, c’est que l’équipage se pensent en temps de guerre. C’est comme s’il avait vécu 10 ans de guerre, mais au fond de son sous-marin. Il sait qu’il est en guerre, parce qu’il y a 10 ans en arrière quand on l’a envoyer se battre, il y avait la guerre (une menace planait sur lui et sur son pays). Mais comme ses écrans radars ont été brouillés pendant 10 ans par les médicaments, lorsqu’il refait enfin surface (lorsqu’on enlève les médicaments), il est en état d’alerte maximum depuis des années et il veut en finir avec cette menace qui lui tue les nerfs depuis 10 ans. Le problème est que le sous-marin fait surface dans une mer calme et plusieurs années après que la guerre se soit terminée. Il n’y a donc plus d’ennemi à combattre. Le problème est que l’équipage n’en a pas conscience et qu’il se refuse à baisser l’état d’alerte de peur de se faire prendre en embuscade par cet ennemi invisible….

Lorsque nous sortons de la médication et plus particulièrement lorsque nous faisons surface rapidement (sevrage rapide, brutal), nous sommes comme le sous-marin qui fait surface et qui est en état d’alerte maximal. Tout notre organisme est en état d’alerte de peur de rencontrer cet ennemi invisible contre lequel il n’a pas pu agir (pas pu se défendre) depuis des années.

Que faut-il faire pour faire comprendre à l’équipage qu’il peut baisser l’état d’alerte?

Comme cela fait 10 ans que ces systèmes fonctionnent à plein régime, il est important d’en contrôler l’état (visite chez le médecin pour contrôler le fonctionnement de tous les organes ;)) et d’ensuite de les aider à faire descendre leur régime. De plus, il est important de faire comprendre à notre équipage qu’on n’est plus en état de guerre et que la menace a été neutralisée.

Comment faire baisser le niveau d’alerte?

En agissant sur le système de la peur (système qui lance l’état d’alerte), en brisant le cercle vicieux:

Système de la peur qui fonctionne normalement:
Menace => état d’alerte => Combat ou fuite => disparition de la Menace

Système de la peur qui fonctionne en cercle vicieux:
Menace => état d’alerte => les manifestations de l’état d’alerte (essoufflements, vertiges, nausées, fréquence cardiaque élevée, dépersonnalisation et/ou déréalisation, …) qui sont perçues comme des menaces => augmentation du niveau de l’état d’alerte => ….

Lorsque le système de la peur part dans un cercle vicieux (ce qui arrive très souvent lorsqu’on arrête les médicaments psychiatriques qui le bâillonnaient depuis des années), alors la menace n’est plus seulement perçue comme externe (un ours, un ouragan, une situation professionnelle stressante, une séparation, un décès, un déménagement, n’importe quel changement stressant, n’importe quelle situation stressante), mais la menace est aussi perçue comme interne: les manifestations de l’état d’alerte de l’organisme sont perçues comme des menaces (essoufflements, sueurs, fréquence cardiaque qui augmente, bouffée de chaleur, nausées, vertiges, déréalisation, dépersonnalisation, etc…). Ainsi, les manifestations de cet état d’alerte qui devrait nous permettre de faire face à la menace externe, deviennent, à nos yeux, la menace…

On a peur de notre état d’alerte, alors que celui-ci est un état sain qui nous permet de faire face au danger. En ayant peur de notre état d’alerte, on augmente encore notre état de vigilance et nos systèmes se mettent à tourner à fond jusqu’à monter à l’état d’alerte maximal, c’est l’attaque de panique suivie de l’anxiété généralisée. L’attaque de panique vous signale que vos systèmes de défense sont à fond: ils sont prêts à défoncer la gueule de l’ours qui vous attaque ou à fuir à une vitesse inhumaine l’ouragan qui arrive sur vous. Mais, comme rien de tel ne se passe (qu’il n’y a pas de réelle menace vitale), votre corps ne peut pas décharger, sur une menace, toute cette énergie emmagasinée. Alors, cette énergie se décharge comme elle peut: colère, rage, pleurs, etc… Bien évidemment, comme après un combat réel contre un ours, on est épuisé, lessivé, vermoulus de crampes musculaires, vidé intérieurement, … La différence, c’est que ce n’est pas une vraie menace (ours, fusil, …) qui a déclenché notre état d’alerte, mais c’est notre propre peur des manifestations de l’état de l’alerte (fréquence cardiaque qui augmente, etc…) et qu’on n’a pas pu utiliser cet état d’alerte pour combattre la menace, puisque la menace (pour nous), c’est notre état d’alerte.

Je pense que tu commences à entrevoir où il va falloir intervenir pour briser le cercle vicieux.

Comment briser le cercle vicieux?

Il est possible de travailler à plusieurs niveaux pour briser le cercle vicieux:

1. Au niveau de la « menace ». Lorsque votre sous-marin refait surface, la menace originelle, celle qui a la plupart du temps été à l’origine de la prescription du médicament psychiatrique est soit depuis longtemps passée, soit est toujours présente et non gérée. Dans le premier cas, il va falloir informer votre équipage que la menace n’est plus là. Dans le deuxième cas, il va falloir mettre en place des moyens pour gérer cette menace et cette fois, il ne faudra pas choisir la médication psychotrope.

2. Au niveau des manifestations de l’état d’alerte = les symptômes. Pour pouvoir faire baisser l’intensité de vos symptômes et pour pouvoir les faire disparaître, il va falloir travailler sur les causes de ces symptômes:

  • Travailler sur le déclencheur: La cause originelle, la première cause, nous l’avons vu, est la présence d’un élément que votre organisme identifie comme une menace pour sa survie ou son intégrité. C’est cette identification par votre organisme d’un élément comme étant une menace qui va déclencher le circuit de la peur. La première chose à faire est donc de travailler à éliminer ce déclencheur (si vous pouvez le faire). En effet, la personne dont le déclencheur est un environnement de travail toxique pourra par exemple changer de travail ou parler avec son supérieur des problèmes qu’elle rencontre. En modifiant ses conditions de travail, la personne pourra certainement désamorcer le déclencheur et/ou le supprimer. Par contre, si le déclencheur de la personne est le décès de l’un de ses proches, alors il sera difficile pour elle de supprimer ce déclencheur. Ici, elle devra plutôt chercher du soutien et apprendre comment faire son deuil (c’est un vrai processus qui s’apprend).
  • Travailler sur les facteurs de maintien (=travailler sur les facteurs qui maintiennent l’état d’alerte). Quels sont-ils?
    1. les facteurs physiologiques
    2. les facteurs cognitifs (pensée, croyances, la mémoire, l’attention,…)
    3. les facteurs environnementaux

Courage, continue à avancer comme tu le fais. Même si tu ne vois pas de résultat pour le moment, continue à te battre, car sur le long terme, ça va payer!
Reprendre le contrôle de sa physiologie prend du temps, car il faut répéter et répéter encore les mêmes actions et les mêmes pensées jusqu’à ce que l’organisme les réintègre. C’est un marathon de longue durée…

Tu sais ce qu’est un entraînement de foot et tu sais que lorsqu’on débute, qu’on est novice, on est loin de maîtriser le ballon et c’est plutôt lui qui nous mène par le bout du nez. Lorsque tu as débuté le foot, tu n’arrivais certainement pas à faire des passes parfaites, des shoots magnifiques et des dribbles idéaux. Il t’a fallu répéter encore et encore tous ces gestes pour qu’au bout de plusieurs années ils deviennent faciles et « normaux » à réaliser.

Pour réapprendre à faire fonctionner sa physiologie, c’est pareil: on débute tout en bas de l’échelle et on répète les mouvements inlassablement jusqu’à ce qu’on les maîtrise. La grosse difficulté ici, c’est de ne pas baisser les bras parce qu’on doit tout réapprendre des mouvements qu’on maîtrisait facilement et sans effort il y a encore quelques années. Je sais que c’est dur de repartir à zéro et de devoir presque tout réapprendre comme un jeune enfant. C’est frustrant et énervant et c’est certainement pour cela que nombreux sont ceux qui baissent les bras avant même d’avoir commencé leur rééducation physiologique.
Et oui, il s’agit bien de cela: d’une rééducation complète des fonctions physiologiques et cognitives: on repart à zéro et c’est très frustrant et perturbant. Nous sommes comme la personne qui a eu un terrible accident et qui a eu les deux jambes polyfracturées et qui va passer des mois et des mois en rééducation pour retrouver l’usage de ses jambes.
Pour elle qui savait marcher et courir et qui utilisait ses jambes sans y penser, elle va devoir s’armer de patience, car elle va devoir commencer par répéter quotidiennement des exercices frustrants, comme bouger les orteils, tout en sachant que ce n’est pas le fait de pouvoir bouger ses orteils qui va lui permettre de marcher comme avant.
Si elle se décourage à cette première étape parce qu’elle n’obtient pas le résultat qu’elle voulait et qu’elle se dit qu’elle est foutue, que ses jambes sont flinguées et qu’elle ne retrouvera jamais ses capacités physiques d’avant, alors oui, il est clair qu’il y peu de chances qu’elle parviennent à remarcher. Par contre, si elle voit en chaque mini-avancée une victoire et qu’elle s’investit corps et âme, et sans douter, dans chaque étape de sa rééducation en faisant ses exercices à fond, alors elle se donne toutes les chances de parvenir à retrouver ce que son accident lui a volé: sa capacité à marcher et à courir!!

Courage, ne lâche rien, ça va payer!