Sevrage: Est-ce que certaines substances psychoactives sont déconseillées pendant le sevrage?

De manière générale, pendant le sevrage, il est recommandé de ne consommer aucune autre substance psychotrope. En effet, il est conseillé d’éviter de consommer des substances qui sont capables d’affecter le système nerveux central, étant donné que celui-ci est déjà forte-ment sollicité par les réductions de dose de la molécule à sevrer.

Pendant le sevrage, il est recommandé d’éviter de consommer des substances capables de ralentir, d’accélérer et/ou de perturber l’activité du système nerveux.

Selon Delay et Deniker (1957) cités par Wikipédia (2017) :

1. Les psycholeptiques ou sédatifs psychiques, ralentissant l’activité du système nerveux, comprennent :

  • les nooleptiques tels que les hypnotiques (barbituriques) ;
  • les thymoleptiques tels que les neuroleptiques ;
  • les régulateurs de l’humeur tels que les sels de lithium ;
  • les psycholeptiques divers tels que les tranquillisants (anxiolytiques), les sédatifs classiques (benzodiazépines) et les antiépileptiques ;

2. Les psychoanaleptiques ou excitants psychiques, accélérant l’activité du système nerveux, comprennent :

  • les nooanaleptiques tels que les stimulants de la vigilance (amphétamines) ;
  • les thymoanaleptiques antidépresseurs tels que les stimulants de l’humeur (antidépresseurs) ;
  • les stimulants divers tels que le khat et la caféine ;

3. Les psychodysleptiques ou perturbateurs psychiques, perturbant l’activité du système nerveux, comprennent la plupart des drogues:

  • les hallucinogènes (mescaline, peyotl, kétamine, phencyclidine, LSD) ;
  • les stupéfiants (morphine, héroïne, opium) ;
  • l’alcool et les conduites addictives (jeu pathologique…)

Les substances psychotropes :
https://fr.wikipedia.org/wiki/Classification_des_psychotropes

Le diagramme de Derek Snider
Le diagramme de Derek Snider donne une vue d’ensemble des substances psychotropes. N’hésitez pas à le consulter :
https://fr.wikipedia.org/wiki/Classification_des_psychotropes#Vue_d.27ensemble

 

Référence:
Wikipédia. (2017). Classification des agents psychotropes selon Delay et Deniker (1957). Accès :
https://fr.wikipedia.org/wiki/Classification_des_psychotropes#Classification_des_agents_psychotropes_selon_Delay_et_Deniker_.281957.29

Sevrage: Pourquoi à 5/6 gouttes de Lysanxia ou à 1mg de Lexomil, les symptômes de sevrage sont-ils susceptibles de s’intensifier?

Comme l’a relevé JP, il se passe bien un truc à 1 mg de Lexomil ou à 6/5 gouttes de Lysanxia. La solution pour gérer ce passage difficile est, comme l’indique JP ; de lisser (=allonger temporairement le palier) et de réduire d’un point le pourcentage, avant de revenir au rythme de servage habituel.
L’explication de ce retour de symptômes à 5 ou 6 gouttes de Lysanxia ou à sa dose équivalente de Lexomil (ou d’autres benzodiazépines) trouve peut-être son origine dans le fait qu’il semble y avoir des seuils lors desquels l’organisme semble ne pas arriver à s’adapter au même rythme aux diminutions. Dans ce cas, allonger temporairement le palier, puis réduire légèrement le pourcentage de diminution semble être la solution pour franchir le seuil.
Par ailleurs, ces seuils, où il convient de lisser et souvent de réadapter le rythme de sevrage, se produisent étonnamment aux mêmes doses journalières : à savoir lorsque le sevrage atteints les 1/3 de la dose de départ ou comme nous l’avons vu, lorsque la dose de 5/6 gouttes de Lysanxia (ou de 1 mg de Lexomil) est atteinte.
C’est notamment en raison de la présence de ces seuils dans le processus de sevrage, que nos recommandations en matière de protocole de sevrage changent en fonction de l’avancée du processus de sevrage (par exemple, pour les benzodiazépines à demi-vie longue, nous conseillons de commencer le sevrage avec des diminutions de 5% et des paliers de 8 jours, mais de finir avec des diminutions de 3% et des paliers de 7 jours).
C’est ce qui expliquerait également pourquoi la méthode des 10% n’est applicable qu’en début de sevrage. En effet, s’il est possible d’appliquer un pourcentage de diminution de 10% sur les premiers mois, nous avons constaté il est quasiment impossible de l’appliquer sur toute la durée du sevrage et qu’au bout de quelques mois, il fallait passer à 7%, puis à 5% et finir à 3%.

Hypothèse de travail concernant ces seuils :
Il s’agirait de seuils où « la forme » de la tolérance change (où son intensité change): où la barrière de la tolérance se passe différemment, à un autre rythme de sevrage.
Est-ce que les seuils s’esquisseraient ainsi ? :

  • Dose journalière initiale : l’organisme est capable de supporter des diminutions de 7% à 10%, parce qu’il se situe la plupart du temps au-dessus du seuil de tolérance
  • 2/3 de la dose initiale : l’organisme rencontre le premier seuil (= 1er seuil de tolérance) et n’est plus capable de gérer les fortes diminutions du début, il supporte alors seulement des diminutions de 5%
  • 1/3 de la dose initiale : l’organisme rencontre le deuxième seuil (= 2ème seuil de tolérance) et n’arrive plus à gérer aussi bien le pourcentage de diminution précédent, il ne supporte alors plus que des diminutions de 3%

Sevrage: Mon sevrage du Lysanxia se passait bien jusqu’à présent, mais maintenant que je suis passé à 6 gouttes de Lysanxia, les symptômes sont réapparus. Que faire ?

Nous avons observé que nombre de personnes se retrouvaient en difficulté à 5 ou 6 gouttes de Lysanxia et expérimentaient des retours de symptômes assez conséquents. Comme l’explique JP, ceux qui sont sous Lysanxia connaissent souvent ce retour de Golum à ce ni-veau de dose….une solution : allonger le palier et réduire d’un point le pourcentage, le temps de lisser et de revenir ensuite sur le même rythme.

Sevrage: Que faire si, malgré un lissage, le palier se passe toujours mal?

Si le palier lissé se passe toujours mal à la fin, il faut envisager une petite baisse du pourcentage des diminutions et du palier parfois, c’est en fonction de chaque cas!!! Parfois un traitement antibiotique perturbe le sevrage, ou ce peut-être un drainage, une baisse s’impose pour un temps et peu se revoir à la hausse si tout redevient à la normale, c’est un réglage au cas par cas en fonction du mauvais passage, ça peut-être aussi dû à un pourcentage de diminution trop fort, un palier trop court ou trop long: les causes sont diverses, il faut chercher la cause de ce mauvais passage.
Si le lissage ne suffit pas pour atténuer les symptômes, il faudra voir par la suite la longueur du palier et ensuite seulement la baisse du pourcentage de ce palier.

Thérèse (2017)

Sevrage: Lisser les symptômes en allongeant un palier, c’est quoi et dans quelles conditions peut-on le faire?

Lisser, c’est aplanir les hauts et les bas trop intenses dans un palier. On lisse l’intensité des symptômes de sevrage en allongeant un peu la longueur du palier pour donner le temps au corps de s’habituer. Allonger de quelques jours la longueur habituelle du palier permet de donner un peu plus de temps au cerveau pour récupérer lorsqu’une situation inhabituelle augmente l’intensité des symptômes de sevrage: par exemple, en cas de fatigue, d’un petit trouble, de drainage etc…
Lisser c’est modifier ponctuellement le protocole de sevrage pour permettre à l’intensité des symptômes de se réguler, de s’atténuer. C’est mettre en place un changement léger comme allonger un palier de quelques jours.

Il est possible de lisser sur 15 à 21 jours au grand maximum, ensuite pour revenir à la normalité du palier, il faut le faire par paliers progressifs. Par exemple, si vous étiez à un palier de 7 jours et que vous avez dû l’allonger jusqu’à 14 jours, vous devrez redescendre progressivement, un diminuant la longueur d’un palier de deux ou trois jours chacun fois, pour arriver à nouveau à votre palier, d’avant lissage, de 7 jours: en commençant par un palier de 13 jours, puis un palier de 11 jours, puis de 9 jours, de 8 et de 7 jours.
Quand le palier a été très long (au-dessus de 15 jours), il faut revenir assez vite au palier de départ et faire des paliers de 18j – 15j – 12j – 9j – 8j – 7j par exemple. Sinon on reste avec des symptômes. C’est ce que nous avons observé (SoutienBenzo, 2017).

Lisser, c’est une sorte d’ajustement fin, léger et ponctuel en vue d’atténuer l’intensité des symptômes sur un palier.

Sevrage: Plus je descends, plus c’est dur, à quel prix se paie la délivrance?

Lorsque les diminutions deviennent difficiles à supporter et que le sevrage devient de plus en plus dur, cela veut souvent dire que le rythme du sevrage est trop intense (trop rapide) et qu’il vaudrait mieux ralentir, notamment en faisant des diminutions plus petites (par exemple, diminuer de 3 ou 5% la dose en cours plutôt que de continuer à diminuer de 7% ou 10%). Il est aussi possible d’adapter, progressivement, la longueur des paliers de stabilisation entre deux diminutions.
Il ne faut pas oublier que lorsqu’on fait des diminutions trop grandes pour notre organisme et/ou qu’on ne lui laisse pas le temps de s’adapter à la diminution (palier trop court), on cumule les effets de manque et les symptômes deviennent de plus en plus intenses et difficiles à gérer. En fait, au fil de ces diminutions non-adaptées, l’organisme se trouve de plus en plus en décalage avec la dose prise: il doit de plus en plus combler l’écart entre les diminutions qu’il peut supporter et les diminutions trop grandes qu’on lui inflige. Au bout, de quelques diminutions, cela devient intenable.
Il est donc important de trouver son rythme de croisière, c’est-à-dire de trouver un rythme de diminutions et des longueurs paliers qui soient confortables et qui vous permettent de fonctionner au quotidien.
On comprend également que lorsqu’un sevrage est “confortable”, c’est-à-dire que les symptômes de sevrage ne vous entravent pas dans votre quotidien, cela veut dire que vous avez trouvé le rythme de descente que votre organisme peut supporter sans souffrir. Et c’est cette non-souffrance de l’organisme qui permet de réduire la probabilité d’apparition d’un syndrome de sevrage et par là-même la probabilité d’apparition d’un syndrome de sevrage prolongé (Syndrome de sevrage prolongé = maintien des symptômes de sevrage après l’arrêt de la médication psychotrope).

Levée de fonds pour le documentaire As Prescribed

Holly Hardman est une actrice et productrice de film As Prescribed. Elle a vécu l’enfer des benzodiazépines et de leur sevrage, elle est ce qu’on appelle une « survivante des benzodiazépines ». Elle a décidé de réaliser un documentaire pour informer le grand public, mais aussi les professionnels sur les ravages que font ces substances.

Elle autofinance son film par des fonds propres et des dons. Pour que le documentaire As Prescribed (=Comme prescrit) puisse voir le jour (certainement en 2018), elle a encore besoin de fonds pour terminer la production.

http://www.asprescribedfilm.com/donations.html

As Prescribed fera la différence! Le film ouvrira les yeux sur la situation critique des victimes des benzodiazépines, et sera un argument convaincant pour que la prise de conscience et le changement se produisent au-delà de la communauté des personnes touchées par les benzodiazépines (the benzo community). Une fois terminé, le film voyagera dans le circuit des festivals du film. Il sera également projeté dans tout le pays [USA] dans les théâtres et les espaces de projections publics indépendants afin que toutes les communautés où qu’elles se trouvent puissent être informées sur le fléau des benzodiazépines dans un cadre qui encourage la discussion et l’action. Le film sera également distribué aux médecins et aux fournisseurs de soins. Ces derniers sont peut-être ceux qui ont le plus besoin de connaître les horreurs de la bête benzodiazépine (benzo beast) et d’être familiarisés avec les méthodes positives afin qu’un changement s’opère dans le monde médical. Nous prévoyons aussi un partenariat avec une société de distribution dynamique en vue d’une diffusion télévisuelle internationale. Nous disposons déjà d’une lettre d’engagement d’une société de distribution très respectée. As Prescribed sera disponible sur de multiples plateformes de diffusion (Amazon, iTunes, etc…) et dans de multiples formats (y compris une version téléchargeable et des DVDs). Nous allons faire naître ce film!

Nous avons les connaissances. Nous avons la motivation et l’énergie pour. Mais, comme pour la plupart des documentaires produits par des indépendants, nous ne disposons pas de tous les fonds nécessaires pour terminer le film. Nous demandons votre aide. Si vous ne pouvez pas nous soutenir financièrement, s’il vous plaît, sollicitez votre famille, vos amis et toutes vos connaissances qui voudront bien vous écouter. « A qui va aller l’argent? ». Pour toutes questions, proposez-leur qu’ils me contactent (hollyhardman88@gmail.com). Montrez-leur la bande annonce. Bien évidemment, la bande-annonce ne raconte qu’un tout petit bout de l’histoire. Le film terminé, qui durera entre 85 et 90 minutes, parlera de notre histoire, comme nous avons besoin qu’elle soit  racontée: fidèlement, entièrement et puissamment.

Nous avons besoin de votre aide. S’il vous plaît fait un don, 100% déductible d’impôt, au film As Prescribed. Allez sur le site Women Make Movies http://www.wmm.com/filmmakers/sponsored_projects.aspx et faites défiler la page jusqu’au lien qui permet de faire un don au film As Prescribed. Ou envoyer un chèque à notre adresse aux Massachusetts: Gobbo Films, LLC, PO Box 662, Williamstown, MA 01267.

Merci!
Holly Hardman (As Prescribed’s never-say-die producer/director)

Traduction libre, Carole

Holly Hardman, la directrice et productrice du film, fait un appel de dons par le biais de l’association WMM (Women Make Movies):

http://www.wmm.com/filmmakers/sponsored_projects.aspx

Et les membres des communautés de soutien liées aux benzodiazépines (benzo community, w-bad.org, Benzo Brains, ….) lancent des campagnes pour lever des fonds, notamment la vente de T-shirts:

https://www.customink.com/fundraising/as-prescribed-benzo-warrior

J’ai été contactée par Nick, un des volontaires du mouvement w-bad qui assiste Holly Hardman, pour réaliser une petite séquence vidéo de soutien qui sera intégrée, avec de nombreuses autres contributions, à la vidéo qui lancera la campagne de levée de fonds. J’espère que cela permettra à Holly Hardman et à son équipe de réunir assez d’argent pour terminer le film et le diffuser courant 2018.

Merci pour votre soutien à ce magnifique projet!!

 

Carole

 

La bande-annonce du film: https://vimeo.com/153513444

Manuel de sevrage des psychotropes

Bonjour à tous,

En collaboration avec Thérèse et l’équipe du forum SoutienBenzo, j’ai élaboré un manuel de sevrage des psychotropes, dans lequel je rassemble les informations récoltées par Thérèse et mes connaissances:

Manuel de sevrage des psychotropes version mise à jour le 7 octobre 2017 (format PDF)

Pourquoi et pour qui ce manuel a été écrit?

Nous avons écrit ce manuel, car nous nous sommes rendu compte que le grand public, les médecins et les personnes qui souhaitaient gérer l’utilisation et l’arrêt de la médication psychotrope, ne disposaient pas d’une information claire, compréhensible et accessible concernant le fonctionnement des médicaments psychiatriques.

En écrivant ce manuel, nous voulions synthétiser et rendre accessibles les informations qui nous ont permis, à nous, de nous sortir de l’emprise de ces produits. Au travers de ce manuel, nous partagerons donc, avec vous, nos connaissances et nos années d’expériences dans le domaine de la médication psychotrope et du sevrage.

Nous, auteures et co-auteurs, avons tous été confrontés à la prise et à l’arrêt de la médication psychotrope et c’est grâce à notre propre expérience, aux recherches d’informations que nous avons menées et aux années que nous avons passées (et que nous passons toujours) à soutenir les personnes qui souhaitent prendre en main leur consommation de médicaments psychiatriques, que nous pouvons, aujourd’hui, vous proposer un manuel de sevrage qui se fonde à la fois sur des études scientifiques, des connaissances théoriques et sur une mise en pratique quotidienne et fructueuse de ces travaux scientifiques.

Notez que cet ouvrage n’a en aucun cas pour but de vous convaincre ou de vous inciter à arrêter de prendre votre traitement médicamenteux. Ce manuel a uniquement pour objectif de vous informer sur les différents aspects de la médication psychotrope. C’est dans cette perspective informative, que nous vous présenterons des protocoles, des méthodes et des techniques qui permettent de réaliser un sevrage qui respecte les spécificités de fonctionnement de chaque classe de médicaments psychiatriques et qui minimise ainsi les risques liés à l’arrêt de la consommation de ce type de produit.

Ce manuel a été conçu dans un objectif pratique. Notre idée est de vous proposer un contenu qui vous permette de facilement et rapidement mettre en pratique des méthodes, des techniques et des protocoles de sevrage qui sont soutenus par des études scientifiques et/ou des expériences de sevrages réussis.

Ce manuel a été conçu pour rendre l’information technique et scientifique accessible. Dans cette optique, nous avons choisi de simplifier et de synthétiser les contenus scientifiques et techniques.
Nous avons choisi d’expliquer, en des termes simples, les éléments qui nous semblent indispensables à la compréhension des concepts scientifiques sous-jacents aux divers protocoles et méthodes proposés, afin que vous soyez en mesure de comprendre comment ces derniers ont été construits et pourquoi ils l’ont été ainsi.

Nous espérons qu’au fil de cet ouvrage, vous trouverez les pistes qui vous permettront de comprendre ce que vous vivez.

Remarque :
Nous allons faire évoluer ce manuel au cours du temps. Actuellement, c’est la version bêta sortie le 29 septembre 2017 qui est en ligne. Il s’agit d’une version partielle qui ne contient, pour le moment, que les chapitres sur les benzodiazépines et le sevrage.
Il s’agit d’une version test qui a pour but de nous permettre de recevoir des retours de votre part, afin que nous puissions, le cas échéant, améliorer l’ouvrage avant d’en présenter une version finale complète.

Les chapitres qui détaillent l’information sur les antidépresseurs et les neuroleptiques sont en cours de rédaction. Notez cependant, que le chapitre sur le sevrage est général et fournit, de ce fait, des informations qui sont utilisables à la fois pour les benzodiazépines, les antidépresseurs et les neuroleptiques…

Finalement, nous n’insisterons jamais assez sur le fait qu’il ne faut jamais arrêter un traitement médicamenteux du jour au lendemain ou sans l’avis d’un médecin.

***

Retrouvez les différentes versions du manuel sur le page consacrée au sevrage: SEVRAGE

Manuel de sevrage des psychotropes version mise à jour le 7 octobre 2017 (format PDF)

 

Vous pouvez nous faire part de vos commentaires sur le forum SoutienBenzo ou en m’envoyant un e-mail:

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Merci!

Carole

Etre soi-même?

Aujourd’hui, je me suis demandé:

« Suis-je moi-même ou suis-je la personne que les autres veulent ou ont besoin que je sois? »

Ne vous êtes-vous jamais demandé si vous étiez qui vous êtes ou si vous étiez celui que les autres veulent que vous soyez? C’est une question que je me suis posée, il y a longtemps, mais ce n’est que maintenant que j’entrevois la réponse et l’ampleur de ses conséquences…

J’ai compris qu’enfant, j’avais appris à penser le monde comme mon entourage le pensait. Petite, je voyais les choses à ma façon, mais en grandissant, au contact de l’éducation, plongée dans le système scolaire obligatoire et immergée dans les valeurs de ma famille et de la société, j’appris à voir le monde comme on me le demandait, à me comporter comme les autres et surtout à cacher et enterrer toutes les choses qui me rendaient différente.

J’ai docilement appris à ne plus être moi et à endosser le rôle qu’on m’avait attribué. Je suis devenue une très bonne actrice et j’ai endossé le rôle de la petite fille sage avec brio…
Malheureusement ou heureusement, au contraire, il est très difficile de jouer un rôle toute sa vie et ce fût à l’adolescence que je me suis rendue compte que la personne que j’étais devenue ne correspondait pas à la personne que je voulais être et encore moins à la personne que j’étais…

Est-ce pour cela que l’adolescence est caractérisée par la rébellion et l’insoumission? Est-ce que c’est parce que c’est à ce moment-là que l’Etre Humain se rend compte que la façon dont on lui demande de vivre, la façon dont on lui demande de se comporter et d’être avec les autres, et finalement la façon dont on lui demande de penser, ne correspond pas du tout ou si peu à la personne qu’il est profondément?

J’ai réussi à me plier, difficilement, aux demandes de mon entourage jusqu’à l’adolescence, mais presque arrivée à l’âge adulte, ce devint trop difficile.
A l’adolescence, tout a volé en éclats! En envoyant valdinguer les dialogues de mon personnage, j’ai brisé l’équilibre de la pièce de théâtre qui se jouait autour de moi depuis des années. Le script et la dynamique relationnelle sur lesquels les membres de ma famille s’appuyaient pour fonctionner au quotidien ne pouvaient plus s’appliquer si je ne jouais plus mon rôle comme ils l’attendaient. En sortant de mon rôle, j’ai fait paniquer les membres de mon entourage, car ils ne savaient plus comment interpréter leurs propres rôles avec un acteur qui voulaient interpréter le sien différemment. En effet, comment continuer à jouer les mêmes scènes avec un personnage différent, avec un acteur qui veut jouer différemment? La perte de contrôle que j’ai engendrée en sortant du scénario a complètement bouleversé la dynamique de la petite troupe et l’a placée dans cette situation désagréable de changement qui oblige à abandonner ce qu’on connaît pour se diriger vers l’inconnu, vers un nouvel équilibre où toutes les « données » vont être modifiées…

En fait, c’est l’histoire de l’ado rebelle qui fait valdinguer l’équilibre de la famille, du groupe, de la classe, de la communauté, juste parce qu’il revendique son droit à vivre pleinement selon son ressenti, ses besoins, son âme, sa conscience… c’est l’histoire de l’ado qui se sent très mal de jouer un rôle tous les jours et qui aimerait redevenir lui-même, redevenir un Etre Humain et ne plus être assimilé au rôle qu’on lui a imposé depuis sa plus tendre enfance. Comme l’acteur de cinéma qui cherche désespérément à se débarrasser de ce rôle qui lui colle à la peau depuis des années pour enfin pouvoir être lui, être ce qu’il est.

Pourquoi les acteurs pètent-ils souvent un câble? Je pense que c’est parce que leur public leur demande d’être le personnage du film, alors que ce n’est pas du tout la personne qu’ils sont. On leur refuse le droit d’être eux-mêmes, on leur demande d’être le personnage qu’on a vu à la télé et qu’on a adoré. On leur impose de se comporter comme lui et d’avoir les mêmes valeurs, celles qui nous ont plu à nous et nous sommes tristes, désemparés et déçus lorsqu’ils ne se comportent pas comme ils l’ont fait dans les films. Souvenez-vous de ces Peoples qu’on aperçoit en privé et qui ne ressemblent pas du tout à ce qu’ils montrent en public. On les fusillent de remarques acerbes et haineuses pour leur faire comprendre que leur comportement nous déplaît et qu’ils doivent redevenir comme avant, comme on les a connus en public, dans ce qui a fait leur célébrité et donc, ce qui a fait qu’on les a aimé.

Voyez-vous le parallèle avec l’adolescent qui tout à coup sort du cadre et n’agit plus selon ce qui plaît à ses parents ou à ses enseignants, qui se met à sortir de l’image qu’on a créée de lui? Les parents, les enseignants se mettent à détester ce comportement car il ne ressemble plus à celui qu’ils avaient construit et aimé avant. Les sanctions commencent à tomber, histoire de faire comprendre à cet adolescent qu’on ne l’aime pas comme ça, qu’on l’aime comme il était avant, quand son comportement correspondait à celui du « scénario » qu’on avait construit pour lui.
Les gens n’aiment pas le changement et ils n’aiment donc pas que les individus qui les entourent changent de comportements. L’Homme aime que les choses soient constantes et prévisibles et que son petit monde ne change pas trop. Que tout le monde soit toujours dans les mêmes rapports et que personne sorte du cadre….

Ainsi, lorsqu’on se rend compte qu’on nous fait jouer un rôle, qu’on nous demandent d’agir selon le bon vouloir et les besoins des autres et qu’on nous interdit d’être nous-mêmes sous peine d’être sanctionnés, on commence à se sentir mal, à se sentir emprisonnés dans ce rôle que d’autres ont construits pour nous et qui ne répond pas à nos besoins ou à nos valeurs. On se sent emprisonné dans une voie sans issue où les seuls choix semblent être:

– continuer à me comporter comme on me le demande et ressentir ce mal-être qui m’indique que celui qu’on me demande d’être ne me correspond pas.

– commencer à me comporter en accord avec qui je suis tout en sachant que les personnes qui m’entourent ne vont pas aimé ce changement et vont certainement tout faire pour que je me comporte comme ils ont « besoin » que je me comporte.

Parfois, continuer à être comme les autres nous demande d’être nous rend si mal que nous cherchons des solutions pour ne plus souffrir, mais pour pouvoir quand même continuer à « répondre à leur demande, à leurs besoins ». Nous savons que nous comporter autrement peut les faire souffrir et nous ne supportons pas cette idée. Nous savons ce que c’est Souffrir, puisque nous le vivons tous les jours dans le décalage entre ce que nous montrons extérieurement et ce que nous vivons intérieurement. Nous savons que cette souffrance est atroce et nous ne voulons pas que les Etres qui nous entourent, les Etres qui nous sont chers, la vivent. Nous avons compris que nos proches souffrent lorsque nous ne répondons pas à leurs besoins, lorsque nous ne nous comportons pas avec eux comme eux souhaitent qu’on soit avec eux. Cette peur de les faire souffrir et cette peur de ne plus être aimé si nous sommes nous-mêmes, nous entraîne vers cette situation impossible où nous décidons de sacrifier nos valeurs, nos besoins, notre âme, notre Etre et notre vie, pour continuer à être pour eux cette image de nous qu’ils aiment, ce personnage qui répond à leur besoin et qui leur assure le bonheur.

Alors me direz-vous: être soi-même, c’est faire souffrir les autres et ne pas être soi-même, c’est souffrir?

Ce n’est pas aussi simple que cela. En réalité, lorsque tout le monde joue un rôle dans une pièce de théâtre familiale, professionnelle ou relationnelle, il y a toutes les chances que la majorité des gens ne soient pas eux-mêmes et souffrent. Ils se sont simplement embarqués dans des relations qui ne sont pas saines pour eux et ils ne savent souvent pas comment fonctionner autrement: ils continuent à tenir leur rôle parce qu’ils pensent qu’il n’est pas possible de fonctionnement autrement. Alors tout le monde souffre en silence en continuant à faire tourner cette pièce de théâtre défaillante.

En fait, dans de telles relations, ce n’est pas le fait qu’une personne décide de devenir elle-même qui fait souffrir les autres, c’est le fait que les autres n’osent pas devenir eux-mêmes et ne savent plus comment faire quand une personne fait tomber les masques que chacun porte en révélant que c’est une mascarade qui se joue et non des relations authentiques où chacun pourrait exprimé ses besoins et qui il est sans être blâmé.

La souffrance que nous vivons lorsque nous jouons un rôle, lorsque nous ne faisons que répondre aux attentes des autres, nous signale que nous ne nous écoutons pas et que nous sommes en train de dépérir de l’intérieur.

La souffrance que les autres vivent lorsque nous décidons de ne plus répondre à leurs attentes soit leur signale que la personne qui était en train de répondre à leurs attentes et à leurs besoins ne le fera plus, soit elle leur révèle que eux non plus ne sont pas authentiques, qu’ils jouent un rôle et qu’ils ne sont peut-être pas eux-mêmes.

Lorsque nous décidons d’être nous-mêmes, notre entourage ne souffre pas parce que nous sommes nous-mêmes, mais parce que nous ne répondons plus à ses attentes, qu’il a « perdu le contrôle sur nous » ou qu’il réalise qu’il n’est pas lui-même non plus.

Bien évidemment, en continuant à être la personne que les autres attendent qu’on soit, on évite tout ce « drame ». Tout le monde souffre alors peut-être dans son coin, mais au moins la souffrance n’est pas visible et c’est souvent ce qui importe lorsque une pièce de théâtre, bridant les besoins, les valeurs et la attentes de chacun, se joue au sein d’une famille, dans un milieu professionnel ou dans n’importe quel groupe de personnes. Si un des membres s’avise de briser l’équilibre de la pièce et fait éclater au grand jour sa dysfonctionnalité et les souffrances individuelles cachées au prix des plus grands efforts, alors c’est lui qu’on va blâmé, qu’on va montré du doigt, qu’on traité de fauteur de troubles, de malade. En réalité, ce sont les relations et la communication entre les membres qui sont malades, mais comme le groupe, la famille ou l’équipe doit continuer à fonctionner, même de manière bancale, c’est celui qui a révélé ce dysfonctionnement qu’on va traiter de « malade » et qu’on va tenter de « soigner » pour que la pièce de théâtre puisse continuer à se jouer. Comment va-t-on « soigner » cet être « dysfonctionnel » qui n’arrive plus à tenir sa place dans la famille ou dans la société? De ce côté-là, tout est permis. Tout va être tenté pour le faire rentrer dans le rang ou pour l’exclure de la pièce. Généralement, lorsque cela va être difficile (éthiquement ou politiquement parlant) d’exclure la personne, c’est notamment la cas pour le membre d’une famille qu’on peut difficilement exclure de la famille, tout va être tenté pour le faire rentrer dans le rang. Dans d’autres situations où il est plus facile d’exclure une personne, c’est ce qui va être rapidement fait si cette dernière ne peut pas être vite remise à sa place.

Faut-il alors continuer à souffrir en silence pour ne pas briser la magnifique mascarade qui se joue, mais qui semble contenter tout le monde sauf nous? Je ne pense pas, car à long terme, tout le monde en souffre, même si cela ne se voit pas.

Ne pas être soi-même, ne pas parler de ses besoins, de ses attentes, de ses valeurs, de ses espoirs et ne pas être qui on est, c’est se maintenir dans le souffrance et maintenir l’illusion que tout fonctionne bien dans le groupe (famille, travail, …), alors que ce n’est pas le cas. En effet, si une personne se retrouve en souffrance parce qu’elle ne s’autorise pas à être elle-même ou parce qu’on l’oblige à être quelqu’un d’autre, c’est qu’il y a un problème et qu’à long terme toutes les personnes concernées risquent d’en souffrir d’une manière ou d’une autre.

Bien évidemment, nous ne sommes pas nous-mêmes en dépit des autres, mais nous sommes nous-mêmes avec les autres. Vous l’aurez compris, être soi-même ne veut pas dire imposer ses besoins, ses attentes et ses valeurs aux autres, sinon nous deviendrons cette personne qui dit aux autres qui ils doivent être et comment ils doivent penser et se comporter pour répondre à ses besoins et à ses attentes. Etre soi-même, c’est reconnaître ses besoins, ses valeurs et ses attentes, c’est se connaître, savoir qui on est et l’exprimer à l’autre sans l’imposer, mais c’est aussi savoir écouter l’autre dans ses besoins, ses valeurs et ses attentes, c’est le respecter dans ce qui l’est et pour qui il est.

Etre soi-même, ce n’est ni se soumettre à l’autre et ni s’imposer à lui, c’est conjuguer les valeurs, les besoins et les demandes de chacun: c’est conjuguer deux mondes intérieurs pour construire un monde extérieur où tous deux s’y sentiraient bien et pourraient s’épanouir.

Il n’est pas facile de conjuguer les mondes intérieurs de chacun pour en faire un monde extérieur épanouissant pour tous. C’est tellement plus facile pour une personne ou un petit groupe de personne d’imposer, le plus souvent inconsciemment, son monde intérieur à l’autre pour qu’il devient le monde extérieur dans lequel tout le monde doit s’épanouir. C’est souvent ce qui se passe dans les familles où un des membres impose sa vision du monde au lieu de conjuguer les valeurs, les besoins et les attentes de chacun. Alors, bien que chaque membre ait un monde intérieur différent, on ne tient compte que du monde intérieur de celui qui impose ses attentes, ses valeurs et ses besoins et le monde de ce dernier devient le monde dans lequel chacun doit évoluer dans son rôle selon les directives imposées.

Bien évidemment, c’est plus complexe que cela, mais souvent, lorsqu’une personne souffre dans le monde dans lequel elle évolue, c’est parce qu’il a été très peu tenu compte de son « monde intérieur ». Ceux qui s’en sortent le mieux dans les mondes familiaux ou professionnels dans lesquels ils évoluent, sont soit ceux dont le monde intérieur est très proche du monde imposé, soit ceux dont on a tenu compte du monde intérieur lorsqu’on a conjuguer les mondes intérieurs en présence.

Comment savoir si on est soi-même?

Je pense que l’on sait que l’on est soi-même, lorsqu’on ne souffre pas. Dès qu’on souffre, il y a fort à parier qu’il y a quelque chose qui nous empêche d’être nous-mêmes, de conjuguer notre monde intérieur avec celui des personnes en présence pour en faire un monde où tous pourraient évoluer sans devoir bâillonner leur monde intérieur.

Etre soi-même, c’est écouter son monde intérieur et celui des autres. C’est construire, avec les autres, un monde dynamique et flexible capable de s’adapter aux changements qui se produisent dans les mondes intérieurs de chacun.